La Fed remonte ses taux d'intérêt pour la première fois depuis trois ans
Face à une inflation tenace et un pétrole repassé au-dessus des 100 dollars, la Réserve fédérale américaine a augmenté son taux directeur d'un quart de point. Cette décision marque un tournant monétaire clair et ravive les frictions entre la banque centrale et la Maison Blanche.
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Un tournant monétaire dicté par la hausse des prix
Après des mois de statu quo (le maintien des taux inchangés), la Fed (Réserve fédérale, la banque centrale américaine) a franchi le pas. Mercredi, l'institution a décidé à l'unanimité d'augmenter son taux des fonds fédéraux (le taux directeur auquel les banques s'empruntent de l'argent et qui fixe le coût du crédit) d'un quart de point. Ce dernier s'établit désormais dans une fourchette comprise entre 3,75 % et 4 %. Il s'agit du tout premier resserrement monétaire opéré par l'institution depuis 2023.
Cette décision s'explique par la résistance de l'inflation outre-Atlantique, alors que l'indice CPI (l'indice des prix à la consommation) est ressorti en hausse de 3,4 % sur un an au mois d'août. Les tensions sont accentuées par la remontée du cours du pétrole au-delà des 100 dollars le baril, sous l'effet de l'extension du conflit au Moyen-Orient et des menaces sur le détroit de Bab el-Mandeb. Pour le président de la banque centrale, Kevin Warsh, la stabilité des prix demeure la priorité absolue tant que l'inflation sous-jacente (hors alimentation et énergie, actuellement à 2,4 %) n'aura pas rejoint l'objectif de 2 %.
Un marché du travail solide qui laisse du champ à la banque centrale
Si la banque centrale a pu durcir sa politique sans craindre de stopper brutalement l'activité économique, c'est en grande partie grâce à la robustesse du marché de l'emploi américain. Les chiffres récents apportent un soutien direct à l'institution :
- 162 000 créations de postes ont été enregistrées le mois dernier, contre 55 000 attendues par les marchés ;
- Le taux de chômage s'est stabilisé à 4,3 % en août, un niveau jugé compatible avec le plein emploi par la Fed ;
- Les prévisions de croissance du PIB (produit intérieur brut, l'indicateur qui mesure la richesse produite par un pays) ont été légèrement relevées à 2,3 % pour cette année et 2,4 % pour l'an prochain.
L'économie montre donc une résilience suffisante pour absorber ce surcoût financier. De plus, une large majorité des membres de la Fed anticipe déjà au moins une hausse de taux supplémentaire d'ici la fin de l'année.
Réaction mitigée sur les marchés et tensions politiques
L'annonce de ce resserrement a immédiatement pesé sur les marchés financiers. Le S&P 500 (l'indice boursier regroupant les 500 plus grandes entreprises américaines) a clôturé en baisse de 0,5 %. Parallèlement, le rendement de l'obligation d'État américaine à 10 ans (le taux d'intérêt auquel l'État américain emprunte sur 10 ans) a progressé pour atteindre 5,01 %, franchissant la barre des 5 % pour la première fois depuis l'été 2007.
« Je pense que le président a été extrêmement clair quant à la direction dans laquelle il souhaite voir les taux aller », a réagi Kush Desai, porte-parole de la Maison Blanche, en qualifiant la décision de la Fed de « plutôt regrettable ».
Sur le plan politique, ce choix ravive les frictions entre la banque centrale et la Maison Blanche. Alors que le président américain s'affirme comme un partisan inconditionnel des baisses de taux pour soutenir l'économie, la Fed réaffirme son indépendance. Kevin Warsh a d'ailleurs rappelé son opposition au forward guidance (la pratique consistant pour une banque centrale à s'engager à l'avance sur l'orientation future de ses taux), préférant ajuster sa politique au fil des publications économiques.