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La crise des dettes publiques et privées supplante l'intelligence artificielle sur les marchés

Après des années d'avertissements ignorés, les marchés financiers mondiaux s'inquiètent massivement du niveau d'endettement des États et des entreprises. La remontée brutale des taux obligataires à des sommets inédits depuis deux décennies éclipse désormais l'enthousiasme pour l'intelligence artificielle.

Fil « Inquiétudes accrues des marchés financiers face au niveau d'endettement mondial »

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Image : finance.yahoo.com

La dette publique et privée sous le feu des projecteurs

Pendant des années, la montagne de dette accumulée à l'échelle mondiale est restée au second plan, masquée par des coûts d'emprunt historiquement bas et par l'engouement autour de l'intelligence artificielle. Mais la semaine passée, une vague de vente massive sur le marché des obligations (les titres de créance émis par les États ou les entreprises pour se financer) a propulsé les rendements — c'est-à-dire les taux d'intérêt réclamés par les prêteurs — à leurs niveaux les plus élevés depuis deux décennies. Les inquiétudes ne se limitent pas aux États-Unis : la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni et le Japon subissent également une nette tension sur leurs taux d'emprunt.

« Quand la dette devient-elle insoutenable ? Lorsque les marchés financiers mondiaux décident qu'elle l'est », résume Joseph Brusuelas, chef économiste chez RSM. « C'est exactement ce qui semble se produire. »

Un choc d'offre sur le marché obligataire

Plusieurs facteurs ont fini par rompre la patience des investisseurs face aux déficits publics et à l'endettement privé :

  • La concurrence des géants technologiques : Les hyperscalers (les très grands acteurs du numérique exploitant des infrastructures informatiques géantes) augmentent leurs émissions de dette pour financer leurs capex (leurs dépenses d'investissement en capital). Ils entrent directement en concurrence avec le Trésor américain pour capter l'épargne disponible sur le marché obligataire.
  • Le retour des tensions énergétiques : La hausse des cours du pétrole, entretenue par l'impasse diplomatique entre les États-Unis et l'Iran, fait craindre une inflation durable, susceptible d'inciter les banques centrales à maintenir des taux d'intérêt élevés.
  • Le manque de visibilité monétaire : Kevin Warsh, le président de la Réserve fédérale (la banque centrale américaine), a refusé de fournir une forward guidance (des engagements ou indications prospectives sur les décisions monétaires futures), ce qui accentue l'incertitude.
  • Le poids du populisme économique : Qu'il s'agisse de nouvelles dépenses publiques ou de baisses d'impôts non financées, les politiques de tous bords continuent d'alimenter les déficits sans plan de redressement.

Une volatilité appelée à durer dans les portefeuilles

Face à cette envolée des taux, le Trésor américain a réagi en annonçant une augmentation de ses rachats d'obligations à long terme (une intervention visant à racheter sa propre dette pour en soutenir le cours et calmer les taux). Cependant, la baisse des rendements qui a suivi n'a été que temporaire, les marchés doutant que cette ingénierie financière suffise à endiguer la tendance.

Pour les analystes du cabinet Capital Economics, les investisseurs exigent désormais une prime de terme plus élevée (la rémunération supplémentaire demandée pour prêter de l'argent sur le long terme plutôt qu'à court terme). Cette exigence reflète des risques fiscaux, géopolitiques et monétaires plus importants. Selon eux, cette prime de terme devrait rester durablement supérieure, exposant les marchés obligataires à de nouvelles vagues de volatilité dans les prochains trimestres.