Le hausse des rendements japonais fait peser un risque de rapatriement massif des capitaux
Les rendements des obligations d'État japonaises approchent de sommets inédits depuis près de trente ans. Ce redressement de la rémunération locale relance le débat sur le rapatriement des gigantesques capitaux nippons placés à l'étranger, une perspective qui pourrait secouer les marchés obligataires mondiaux.
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Un pivot monétaire au Japon après des années de taux bas
Pendant des années, la Banque du Japon a maintenu des taux d'intérêt négatifs ou nuls pour soutenir son économie. Cette politique ultra-accommodante (une stratégie monétaire visant à faciliter l'accès au crédit) a incité les institutionnels japonais à placer leurs liquidités à l'étranger pour trouver du rendement (la rémunération annuelle générée par un placement obligataire). Les investisseurs internationaux ont également profité du carry trade (une stratégie spéculative consistant à emprunter des yens à très faible coût pour investir dans des monnaies offrant des taux d'intérêt plus élevés).
Des rendements au plus haut depuis près de trente ans
La situation s'est inversée avec le redressement de la politique monétaire nippone. Les anticipations de hausses de taux de la Banque du Japon et des interventions massives sur les devises — qui ont causé une chute record des réserves de change japonaises en août — ont fait bondir les rendements des JGB (Japanese Government Bonds, les obligations assimilables du Trésor japonais). Ces taux approchent désormais de sommets de près de trois décennies.
Ce mouvement a provoqué un débouclage brutal du carry trade et un net redressement de la monnaie japonaise. Après avoir franchi la barre des 155 yens pour un dollar, la devise cible désormais la zone des 152 yens.
La menace d'un rapatriement des capitaux d'outre-mer
Avec des obligations locales à nouveau attractives, les gérants de fonds s'inquiètent d'un rapatriement de capitaux (le fait pour les investisseurs d'un pays de revendre leurs actifs étrangers pour ramener leur argent chez eux). Si aucun mouvement de panique n'est constaté pour l'instant, certains professionnels avertissent que le marché sous-estime la vitesse à laquelle la situation pourrait basculer.
Les marchés sous-estiment la rapidité avec laquelle les flux financiers pourraient s'inverser à mesure que les obligations japonaises redeviennent attractives.
Quelles conséquences pour le portefeuille d'un épargnant ?
Même à distance, ce changement de cap sur les marchés monétaires japonais peut impacter l'ensemble des marchés financiers :
- Pression sur les dettes souveraines : si les fonds japonais revendent leurs obligations américaines ou européennes (comme les OAT, les obligations assimilables du Trésor émises par la France), les cours de ces titres baisseront, poussant leurs rendements à la hausse.
- Volatilité sur les indices mondiaux : le débouclage des stratégies à effet de levier (l'utilisation de l'endettement pour multiplier la capacité d'investissement) augmente la volatilité sur l'ensemble des marchés d'actions.
- Impact sur les ETF : les fonds indiciels (ETF, des fonds négociés en bourse qui répliquent la performance d'un indice) exposés aux obligations internationales ou aux marchés d'actions mondiaux pourraient subir des réajustements de flux importants.