Quand l'obligation américaine à 30 ans offre 2,2 points de plus que les actions à dividende
Le rendement des obligations du Trésor américain à 30 ans vient de franchir la barre des 5,33 %, dépassant très nettement celui des actions distribuant des dividendes. Cet écart de rémunération inédit depuis 2007 modifie l'arbitrage entre dette d'État et titres de rendement.
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Un événement d'ampleur est survenu sur le marché obligataire (le marché où s'échangent les titres de dette). Le mardi 18 août 2026, le rendement (le ratio entre le coupon versé et le prix de l'obligation) du titre du Trésor américain à 30 ans a atteint 5,33 %, son niveau le plus élevé depuis 19 ans. Cette poussée des taux à long terme s'explique par les inquiétudes des marchés face à l'inflation et au niveau d'endettement public des États-Unis.
En face, le fonds Schwab U.S. Dividend Equity ETF (un ETF, ou fonds coté en bourse répliquant un indice, pesant 109 milliards de dollars et regroupant environ 100 actions de rendement) affiche un rendement du dividende (la part des bénéfices distribuée aux actionnaires) d'environ 3,1 %. Il en résulte un écart de 2,2 points de pourcentage en faveur de l'obligation d'État américaine. Les épargnants n'avaient pas vu un tel écart de rémunération depuis juin 2007, époque où le taux de l'obligation à 30 ans avait culminé à 5,35 %.
Le précédent de 2007 et la vague de coupes de dividendes
L'histoire de l'année 2007 offre des enseignements contrastés sur le comportement des deux classes d'actifs pendant la crise qui a suivi :
- L'obligation souveraine a tenu son rôle de refuge : l'investisseur ayant bloqué son rendement à 5,35 % en 2007 a perçu ce revenu garanti, tout en voyant la valeur de son titre s'envoler lorsque le rendement s'est effondré à 2,69 % fin 2008 (la baisse des taux faisant monter le prix des obligations existantes).
- Les actions à dividende ont fortement souffert : les réductions de versements sont passées de 110 en 2007 à 606 en 2008, puis 804 en 2009. Sur le seul premier trimestre 2009, la baisse des dividendes annoncés s'est élevée à 43,8 milliards de dollars.
- Des fleurons comme General Electric ont sabré leur dividende trimestriel de 0,31 $ à 0,10 $ par action en février 2009 pour économiser environ 9 milliards de dollars par an. Le retour au niveau global de dividendes de 2008 aura nécessité quatre ans d'attente.
Une dynamique différente en 2026
Bien que l'écart entre les taux obligataires et le rendement des actions rappelle la période de 2007, sa cause actuelle est très différente. En 2007, le rapprochement des rendements découlait d'une crise économique majeure qui a fini par détruire les bénéfices des entreprises. Aujourd'hui, le grand écart résulte d'une hausse brutale des taux obligataires longs, alors que la santé financière des entreprises reste préservée. Le fonds de rendement Schwab affiche d'ailleurs une hausse de sa valeur d'environ 27 % depuis le début de l'année.
Pour les investisseurs, ce niveau de rémunération sur la dette publique américaine crée une concurrence directe face aux actions à dividende, ce qui a tendance à peser sur la valorisation de ces dernières. La leçon principale de la crise précédente reste que la sécurité d'un placement en actions de rendement dépend avant tout de la capacité des entreprises à maintenir leurs paiements en cas de ralentissement économique.