← L'édition
BourseRécap2 min de lecture

Taux obligataires : la hausse globale franchit des sommets de plus de dix ans

Les taux à long terme grimpent à travers le monde, amenant le rendement de la dette française à 10 ans au-delà de 4 %. Cette poussée s'explique par les craintes d'inflation, l'abondance d'émissions publiques et la concurrence accrue des entreprises financant leurs projets.

Fil « La hausse des taux obligataires devient mondiale »

Illustration de l'article — abcbourse.com
Image : abcbourse.com

Des sommets de rendement inédits depuis plus de dix ans

Les marchés obligataires (marchés sur lesquels sont échangés les titres de créance émis par les États ou les entreprises) traversent une phase de nette tension sur les taux à long terme (le rendement annuel exigé par les investisseurs pour prêter leur argent sur plusieurs années). Aux États-Unis, le taux à 30 ans a dépassé 5,32 %, son plus haut niveau depuis 2007. La France subit la même poussée : son taux à 30 ans atteint un sommet inégalé depuis 2008, tandis que le rendement à 10 ans a franchi la barre des 4 %, au plus haut depuis juin 2009. La tendance concerne aussi l'Allemagne (niveaux de 2011), le Royaume-Uni (proche de 6 % sur 30 ans) et le Japon.

Inflation et hausse de l'offre de dette publique

Cette hausse mondiale ne s'explique pas par un facteur unique mais par un cumul de pressions sur les marchés :

  • Craintes inflationnistes : La fragmentation de l'économie mondiale et la hausse des prix de l'énergie liée au conflit au Moyen-Orient alimentent les anticipations de durcissement des politiques monétaires (décisions des banques centrales pour encadrer la création monétaire et l'inflation).
  • Besoins de financement des États : L'augmentation des dépenses publiques contraint les gouvernements à émettre davantage de titres de dette, alors que la demande sur les échéances (durées de remboursement) à très long terme faiblit.
  • Repli sur le court terme : Pour limiter leurs coûts, certains ministères des Finances émettent de la dette à plus courte échéance, mais cette stratégie ne permet pas de verrouiller des taux bas sur le long terme.

La vision du marché et la concurrence du secteur privé

Selon Chris Iggo, directeur des investissements chez AXA IM Core (BNP Paribas Asset Management), seul un choc extérieur ou une détérioration rapide des indicateurs économiques pourrait changer la trajectoire actuelle des taux. Par ailleurs, les États font face à la concurrence directe des entreprises, qui émettent elles aussi d'importants volumes obligataires. C'est le cas des acteurs technologiques finançant leurs investissements dans l'intelligence artificielle sur des durées longues. Alphabet a par exemple lancé sa première émission de dette en dollars australiens pour un montant de 5 milliards de dollars australiens.

Une base d'acheteurs en mutation

Le profil des acheteurs habituels de dette publique évolue également. Les fonds de pension (organismes gérant l'épargne retraite), traditionnellement très acheteurs d'obligations à long terme pour couvrir leurs engagements futurs, réduisent leur soutien automatique. L'abandon progressif des régimes de retraite à prestations définies et la réglementation orientent davantage ces acteurs vers les actions. Les gouvernements doivent donc s'appuyer davantage sur des investisseurs privés, plus sensibles aux niveaux de rendement proposés.